Église et Communication

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Mardi, 16 Février 2010 08:55

2010 DISCOURS DE MGR CELLI 22E CONGRES MONDIAL DE L’UNION CATHOLIQUE INTERNATIONALE DE LA PRESSE (Burkina Faso)

Discours de Mgr Claudio Maria Celli  Thème: Les médias au service de la justice, de la paix et de la bonne gouvernance dans un monde d’inégalités et de pauvreté  

22e Congrès mondial de l’Union catholique internationale de la presse

Ouagadougou, Burkina Faso, 14 Septembre 2010 

 

Son Excellence Blaise Compaoré, Président du Faso, Chef de l’Etat

Mesdames, Messieurs les représentants des Autorités civiles, politiques et religieuses,
Chers amis

 Je suis heureux de me retrouver au milieu de vous dans cette salle de Conférence de Ouaga2000 et je voudrais tout d’abord remercier ceux qui ont rendu possible ce congrès. J’exprime particulièrement ma gratitude aux Autorités étatiques, civiles, administratives et ecclésiales, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont collaboré pour la tenue de ce 22ème congrès de l’Union Catholique Internationale de la Presse (U.C.I.P.) ici à Ouagadougou, Capitale du « Pays de l’homme intègre ». J’exprime ma reconnaissance à Son Excellence Blaise Compaoré, Président du Faso ici présent pour l’accueil de ce Congrès. Accordez également que je salue le double choix du parrain sa Majesté le Moro Naaba et de la marraine Mme Béatrice Damiba, Présidente du Conseil supérieur de la communication (CSC). Ici se distinguent la perspicacité et la sagesse africaines mettant en harmonie tradition et modernité pour mieux affronter les défis actuels.

Permettez-moi enfin d’exprimer ici à tous les burkinabè mon amitié et ma considération, en reconnaissance de l’importance de ce que vous êtes et de ce que vous faites au quotidien pour la promotion de la dignité des hommes et des femmes et pour l’entente cordiale entre les peuples.

 Premier du genre en terre africaine, le présent Congrès dont le thème est « Les médias au service de la justice, de la paix et de la bonne gouvernance dans un monde d’inégalités et de pauvreté », fait échos de manière symphonique au thème du récent synode spécial pour l’Afrique et à celui du Message de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI pour la Journée Mondiale de la Paix de 2009 : « combattre la pauvreté, c'est construire la paix ». Pour la circonstance, le Saint-Père interpelait toute l’humanité et en particulier tous les fidèles catholiques en ces termes : « La lutte contre la pauvreté requiert des hommes et des femmes qui vivent en profondeur la fraternité et qui soient capables d'accompagner les personnes, les familles et les communautés sur les chemins d'un authentique développement humain. » Le journaliste devrait trouver dans ces paroles de Sa Sainteté, une exhortation à prendre sa part de responsabilité devant les grands défis de l’existence humaine. Pour ce faire, il est invité à être un éducateur de ses contemporains en leur prêchant sans cesse la conversion de leurs styles de vies, de leurs modèles de production et de consommation, et surtout des structures de pouvoir chargées de gouverner nos sociétés d’aujourd’hui (cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, n. 58), jetant ainsi les bases de la « civilisation de l’Amour » dans un monde d’inégalités et de pauvreté.

Comme l’affirmait bien le père Emile Gabel, un des pionniers de l’UCIP, la mission du journaliste catholique consiste à «relater, expliquer et commenter l’événement, le situer dans une perspective de foi ». Attribuant aux médias le rôle « de faire se rencontrer le message évangélique et l’histoire humaine », le Père Gabel les identifiait à « un réseau spirituel, impalpable mais réel tout de même, dont aucun individu ne peut se libérer, (...) Une sorte de pression atmosphérique qui, quoi qu’on veuille ou fasse, règle notre respiration », bref une mystique de la communication médiatique. Dans cette perspective, l’expression légitime d’une opinion catholique n’est pas une concession ; elle relève plutôt des solidarités humaines ainsi que des responsabilités sociales qui fondent même le droit à l’information. L’Eglise ambitionne de se mettre au service du bien commun dans le strict respect des hommes et des femmes dont l’égale dignité s’enracine en Dieu, qui devrait être le principe et la fin de toute société humaine qui reconnaît ses vraies origines et son identité essentielle qui inclut nécessairement son être dialogique. C’est pourquoi, insistait le Père Gabel, « une société est saine et vivante quand elle est en état de dialogue. Le dialogue exige vérité et confiance : il a besoin d’un climat de liberté. » Il va sans dire que seule une information objective, ample et permanente sur les événements concernant toute la société rend le dialogue possible et effectif. C’est dans ce sens que le Pape Paul VI soulignait que « l'Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L'Église se fait parole ; l'Église se fait message ; l'Église se fait dialogue » (Ecclesiam suam, n.67).

En effet, le dialogue sans ambigüité et respectueux est aujourd’hui une priorité à laquelle l'Église participe clairement tant à travers la présence du Saint-Siège dans les divers organismes internationaux que dans l’engagement spécifique et multiforme des églises locales et des fidèles au sein des diverses communautés humaines dans le respect de la subsidiarité.

Chers amis journalistes, vous êtes les artisans et les témoins de cette manière dont l'Église se situe en dialogue, offrant son service humble à la société, attirant particulièrement l’attention envers les plus pauvres, ouvrant de nouveaux horizons d’avenir, de grandeur et de dignité. Comme le rappelle le Pape Benoit XVI, l'Église a « une mission de vérité à remplir, en tout temps et en toutes circonstances, en faveur d’une société à la mesure de l’homme, de sa dignité et de sa vocation.[…] La fidélité à l’homme exige la fidélité à la vérité qui seule, est la garantie de la liberté (cf. Jn 8,32) et de la possibilité d’un développement humain intégral. C’est pour cela que l'Église la recherche, qu’elle l’annonce sans relâche et qu’elle la reconnaît partout où elle se manifeste. Cette mission de vérité est pour l'Église une mission impérative. » (Caritas in veritate, n.9) L’Église accomplit cette mission en apprenant constamment le respect pour les autres ‘vérités’ ou pour la vérité des autres. « Dans ce dialogue respectueux peuvent s’ouvrir de nouvelles portes pour la transmission de la vérité. » (Discours au Centre culturel de Belém – Lisbonne)

Le dialogue est l’une des conditions primordiales pour la paix, la justice et la bonne gouvernance. Benoît XVI en souligne inlassablement la nécessité : « Il est fondamental de ‘penser’ la terre comme ‘notre maison commune’ et, pour qu’elle soit au service de tous, d’opter, quand il s’agit de la gérer, pour la voie du dialogue plutôt que pour celle des choix unilatéraux ». (Message pour la journée mondiale de la paix 2008) Voilà pourquoi l’Eglise a besoin de médias qui n’hésitent pas à exposer ses propres erreurs ou échecs surtout avec l’intention d’encourager la communauté des croyants sur le chemin de la conversion ; c’est ainsi que l'Eglise sera toujours plus profondément ce à quoi le Christ l’appelle : une communauté qui témoigne authentiquement par la parole et par les actes de l'amour de Dieu pour toute l'humanité.

Ce jour 14 septembre, l’Eglise célèbre la Croix Glorieuse de Jésus qui nous rappelle que la souffrance même la plus horrible a son revers de grâce. Cette croix constitue pour nous chrétiens la preuve et le symbole d'un amour sans frontières et d'une espérance plus forte que la mort. C’est l’occasion de nous recueillir en évoquant le sacrifice de tant de journalistes et de témoins tombés pour l’audace prophétique, pour le service de la vérité, de la fraternité et de la dignité de la personne humaine.

Merci d’être là, merci pour vos différentes et sages contributions aux travaux de ce Congrès. Merci pour ce que vous ferez, j’en suis sur, avec la bénédiction de Dieu source de la paix et de la justice véritable afin que les medias soit « une aide puissante pour faire grandir la communion de la famille humaine et l’ethos des sociétés, » (Caritas in veritate, n.73) pour promouvoir la « participation de tous à la recherche commune de ce qui est juste ».

Puisse Dieu faire fructifier vos efforts et bénir chacun de vous !





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