Église et Communication

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Homélie de S.E. Mgr Claudio Maria CELLI pour la messe d’ouverture  22ème congrès mondial de l’UCIP

Cathédrale de Ouagadougou, 14 septembre 2010

en la fête de la Croix Glorieuse  Nb 21, 4-9 ; Ph 2, 6-11 ; Jn 3, 13-17

 

Frères et sœurs,

Au moment où nous entamons le 22ème congrès mondial de l’UCIP, la célébration de la Croix Glorieuse, nous offre l’opportunité de nous laisser interpeller par les souffrances de notre humanité d’aujourd’hui et par la noblesse et la puissance du sacrifice et de la vérité sur Dieu et sur l’homme. On croyait reléguer aux oubliettes depuis fort longtemps le supplice de la croix. Et pourtant durant le synode pour l’Afrique en octobre 2009, Monseigneur Kussala, évêque du diocèse de Tombura Yambio dans le sud du Soudan rapportait: «Le 13 août, des rebelles sont entrés dans l’église de ma paroisse pour prendre plusieurs fidèles en otage. Et au cours de leur fuite dans la forêt, ils ont tués sept d’entre eux, ils les ont crucifiés à des arbres».

La crucifixion des sept paroissiens de Mgr Kussala n’est pas un acte isolé. En effet, nombreuses sont les personnes dans nos villages, dans nos villes et dans nos pays, qui ploient sous le joug de la persécution, de la violence et de menaces de toutes sortes à cause de leur amour pour l’homme et pour la société, qui se manifeste par la recherche et la défense de la vérité et de la justice, valeurs enracinées dans l’essence même de l’être humain. La recherche de la vérité et sa défense dans son essentialité doivent être la mission première de tout journaliste et de tout communicateur, au péril de sa vie, de son honneur et même de sa carrière ou ascension professionnelle. Chers journalistes et communicateurs, n’ayez de cesse d’exposer aux yeux de tous le bien et le beau qui se réalisent quotidiennement dans le monde.

N’ayez pas non plus peur d’être la voix des petits, c’est-à-dire des marginalisés, des ignorants de leur droit, des pauvres, n’ayez donc pas peur d’être la voix des sans-voix pour interpeller la conscience de tout être humain sur les injustices et les horreurs qui se commettent chaque jour même dans les régions les plus reculés de la planète. Convaincus que la vérité et la justice doivent l’emporter surtout, soyez les éveilleurs de conscience pour faire percevoir les conséquences désastreuses et quelques fois humaines, de certains programmes sociaux, éducatifs et économiques conçus pour nos villages, nos villes et nos pays.

L’esprit de sacrifice qui a guidé l’engagement de tant de journalistes qui ne sont plus de notre monde, la fidélité à la vérité et l’abnégation dans la persécution qui continuent d’animer tant de journalistes font assimiler la profession du journaliste à un sacerdoce au service de la vérité et de la dignité inaliénable de l’être humain et de la préservation de la création. 

Même si la tendance naturelle pousse plutôt vers la recherche du bonheur et du plaisir, que d’exemple de personnes qui chaque jour mettent en péril leur propre vie pour tenter d’en sauver d’autres à l’instar des sapeurs pompiers. L'histoire est bien connue du Père Kolbe : un Franciscain polonais mort dans " le bunker de la faim " d'un camp de concentration à la place d'un père de famille.

Sans parfois aller jusqu'à la mort, que de pères et de mères endurent la souffrance quotidienne pour la subsistance et l'avenir de leurs enfants ! Ceci nous rappelle combien l’amour est la source du don de soi. Pour les journalistes chrétiens en union avec le Christ et à sa suite, nous pouvons et devons donner notre vie pour les autres. C’est le sens de l’Eucharistie que nous célébrons, l’offrande d’amour de Jésus : " Ma vie nul ne la prend, mais c'est moi qui la donne " Mais la Résurrection a triomphé de l'angoisse de la mort. La mort ne peut vaincre l'amour, car Dieu est Amour : « L'amour est plus fort que la mort, c'est une flamme de feu, les grandes eaux ne peuvent l'éteindre » lisons-nous dans le Cantique des Cantiques (8, 5-14).

Ainsi la fête de la Croix Glorieuse peut constituer pour les journalistes catholiques, un appel et une invitation à se mettre au service des plus petits et des plus accablés de la communauté humaine, un appel et une invitation au risque d'être crucifié par les contradictions, les oppositions et bien d’autres formes de souffrances. Sur la croix, Jésus nous fait doublement signe: «Vois comme je t'aime. Aie confiance et suis-moi. J'ai vaincu le mal, la mort et le monde». Comme le commentait le cardinal Lustiger, le simple signe de la croix est une prière du corps et de l'esprit, un rappel du baptême et de la confirmation, une prière gestuée. Il me permet de faire "mémoire du salut que le Christ m'a donné" et me "rappelle le peuple auquel j'appartiens". Dans ce geste, "c'est toute la misère du monde qui repose sur moi, transfigurée et transformée en délivrance et en salut"

Je voudrais enfin partager avec vous le témoignage héroïque du bienheureux Manuel Lozano Garrido, un journaliste et un écrivain espagnol d’excellence, béatifié le 12 juin dans son village à Linares. Frère Roger de Taizé l’appelait de son surnom: «Lolo, le sacrement de la souffrance». Lolo laisse aux journalistes catholiques cette passion de rechercher la vérité et de la communiquer aux autres.

Au delà de ce qu’il a écrit, il est le témoin d’un dévouement total à la vérité: «il parle de Dieu, de la prière, de l’Eglise, de la Vierge (…) mais également de n’importe quelle autre chose : d’écoles, de salaires, de la situation des mineurs, du goudronnage des routes… mais toujours selon des principes chrétiens».

Jeune laïc d’Action Catholique, infirme, non voyant, journaliste et écrivain, homme joyeux, il finit sa vie cloué sur une chaise roulante. Pendant ses années d’infirmité il a écrit plus de 200 articles et 9 livres. « Quand il a perdu l’usage de la main droite, il a appris à écrire avec la gauche. Et quand il a perdu l’usage de la gauche, il s’est mis à dicter au magnétophone. Sa maison s’est transformée en maison d’apostolat, attirant des jeunes et des adultes à la recherche d’un conseil, d’une orientation ou de quelque réconfort…et tous repartaient réconfortés par son joyeux témoignage.

Bref la souffrance vécue dans la joie de l’offrande à Dieu est sans doute le trait le plus surprenant de la personnalité de Lolo.

Que la célébration de la Croix Glorieuse nous rappelle le triomphe de l'amour, et nous fasse vivre au quotidien l'espérance d'un monde renouvelé, dans l'urgence de suivre le Christ et de servir nos contemporains.

 

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Discours de Mgr Claudio Maria Celli  Thème: Les médias au service de la justice, de la paix et de la bonne gouvernance dans un monde d’inégalités et de pauvreté  

22e Congrès mondial de l’Union catholique internationale de la presse

Ouagadougou, Burkina Faso, 14 Septembre 2010 

 

Son Excellence Blaise Compaoré, Président du Faso, Chef de l’Etat

Mesdames, Messieurs les représentants des Autorités civiles, politiques et religieuses,
Chers amis

 Je suis heureux de me retrouver au milieu de vous dans cette salle de Conférence de Ouaga2000 et je voudrais tout d’abord remercier ceux qui ont rendu possible ce congrès. J’exprime particulièrement ma gratitude aux Autorités étatiques, civiles, administratives et ecclésiales, ainsi qu’à toutes les personnes qui ont collaboré pour la tenue de ce 22ème congrès de l’Union Catholique Internationale de la Presse (U.C.I.P.) ici à Ouagadougou, Capitale du « Pays de l’homme intègre ». J’exprime ma reconnaissance à Son Excellence Blaise Compaoré, Président du Faso ici présent pour l’accueil de ce Congrès. Accordez également que je salue le double choix du parrain sa Majesté le Moro Naaba et de la marraine Mme Béatrice Damiba, Présidente du Conseil supérieur de la communication (CSC). Ici se distinguent la perspicacité et la sagesse africaines mettant en harmonie tradition et modernité pour mieux affronter les défis actuels.

Permettez-moi enfin d’exprimer ici à tous les burkinabè mon amitié et ma considération, en reconnaissance de l’importance de ce que vous êtes et de ce que vous faites au quotidien pour la promotion de la dignité des hommes et des femmes et pour l’entente cordiale entre les peuples.

 Premier du genre en terre africaine, le présent Congrès dont le thème est « Les médias au service de la justice, de la paix et de la bonne gouvernance dans un monde d’inégalités et de pauvreté », fait échos de manière symphonique au thème du récent synode spécial pour l’Afrique et à celui du Message de Sa Sainteté le Pape Benoît XVI pour la Journée Mondiale de la Paix de 2009 : « combattre la pauvreté, c'est construire la paix ». Pour la circonstance, le Saint-Père interpelait toute l’humanité et en particulier tous les fidèles catholiques en ces termes : « La lutte contre la pauvreté requiert des hommes et des femmes qui vivent en profondeur la fraternité et qui soient capables d'accompagner les personnes, les familles et les communautés sur les chemins d'un authentique développement humain. » Le journaliste devrait trouver dans ces paroles de Sa Sainteté, une exhortation à prendre sa part de responsabilité devant les grands défis de l’existence humaine. Pour ce faire, il est invité à être un éducateur de ses contemporains en leur prêchant sans cesse la conversion de leurs styles de vies, de leurs modèles de production et de consommation, et surtout des structures de pouvoir chargées de gouverner nos sociétés d’aujourd’hui (cf. Jean-Paul II, Encycl. Centesimus annus, n. 58), jetant ainsi les bases de la « civilisation de l’Amour » dans un monde d’inégalités et de pauvreté.

Comme l’affirmait bien le père Emile Gabel, un des pionniers de l’UCIP, la mission du journaliste catholique consiste à «relater, expliquer et commenter l’événement, le situer dans une perspective de foi ». Attribuant aux médias le rôle « de faire se rencontrer le message évangélique et l’histoire humaine », le Père Gabel les identifiait à « un réseau spirituel, impalpable mais réel tout de même, dont aucun individu ne peut se libérer, (...) Une sorte de pression atmosphérique qui, quoi qu’on veuille ou fasse, règle notre respiration », bref une mystique de la communication médiatique. Dans cette perspective, l’expression légitime d’une opinion catholique n’est pas une concession ; elle relève plutôt des solidarités humaines ainsi que des responsabilités sociales qui fondent même le droit à l’information. L’Eglise ambitionne de se mettre au service du bien commun dans le strict respect des hommes et des femmes dont l’égale dignité s’enracine en Dieu, qui devrait être le principe et la fin de toute société humaine qui reconnaît ses vraies origines et son identité essentielle qui inclut nécessairement son être dialogique. C’est pourquoi, insistait le Père Gabel, « une société est saine et vivante quand elle est en état de dialogue. Le dialogue exige vérité et confiance : il a besoin d’un climat de liberté. » Il va sans dire que seule une information objective, ample et permanente sur les événements concernant toute la société rend le dialogue possible et effectif. C’est dans ce sens que le Pape Paul VI soulignait que « l'Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L'Église se fait parole ; l'Église se fait message ; l'Église se fait dialogue » (Ecclesiam suam, n.67).

En effet, le dialogue sans ambigüité et respectueux est aujourd’hui une priorité à laquelle l'Église participe clairement tant à travers la présence du Saint-Siège dans les divers organismes internationaux que dans l’engagement spécifique et multiforme des églises locales et des fidèles au sein des diverses communautés humaines dans le respect de la subsidiarité.

Chers amis journalistes, vous êtes les artisans et les témoins de cette manière dont l'Église se situe en dialogue, offrant son service humble à la société, attirant particulièrement l’attention envers les plus pauvres, ouvrant de nouveaux horizons d’avenir, de grandeur et de dignité. Comme le rappelle le Pape Benoit XVI, l'Église a « une mission de vérité à remplir, en tout temps et en toutes circonstances, en faveur d’une société à la mesure de l’homme, de sa dignité et de sa vocation.[…] La fidélité à l’homme exige la fidélité à la vérité qui seule, est la garantie de la liberté (cf. Jn 8,32) et de la possibilité d’un développement humain intégral. C’est pour cela que l'Église la recherche, qu’elle l’annonce sans relâche et qu’elle la reconnaît partout où elle se manifeste. Cette mission de vérité est pour l'Église une mission impérative. » (Caritas in veritate, n.9) L’Église accomplit cette mission en apprenant constamment le respect pour les autres ‘vérités’ ou pour la vérité des autres. « Dans ce dialogue respectueux peuvent s’ouvrir de nouvelles portes pour la transmission de la vérité. » (Discours au Centre culturel de Belém – Lisbonne)

Le dialogue est l’une des conditions primordiales pour la paix, la justice et la bonne gouvernance. Benoît XVI en souligne inlassablement la nécessité : « Il est fondamental de ‘penser’ la terre comme ‘notre maison commune’ et, pour qu’elle soit au service de tous, d’opter, quand il s’agit de la gérer, pour la voie du dialogue plutôt que pour celle des choix unilatéraux ». (Message pour la journée mondiale de la paix 2008) Voilà pourquoi l’Eglise a besoin de médias qui n’hésitent pas à exposer ses propres erreurs ou échecs surtout avec l’intention d’encourager la communauté des croyants sur le chemin de la conversion ; c’est ainsi que l'Eglise sera toujours plus profondément ce à quoi le Christ l’appelle : une communauté qui témoigne authentiquement par la parole et par les actes de l'amour de Dieu pour toute l'humanité.

Ce jour 14 septembre, l’Eglise célèbre la Croix Glorieuse de Jésus qui nous rappelle que la souffrance même la plus horrible a son revers de grâce. Cette croix constitue pour nous chrétiens la preuve et le symbole d'un amour sans frontières et d'une espérance plus forte que la mort. C’est l’occasion de nous recueillir en évoquant le sacrifice de tant de journalistes et de témoins tombés pour l’audace prophétique, pour le service de la vérité, de la fraternité et de la dignité de la personne humaine.

Merci d’être là, merci pour vos différentes et sages contributions aux travaux de ce Congrès. Merci pour ce que vous ferez, j’en suis sur, avec la bénédiction de Dieu source de la paix et de la justice véritable afin que les medias soit « une aide puissante pour faire grandir la communion de la famille humaine et l’ethos des sociétés, » (Caritas in veritate, n.73) pour promouvoir la « participation de tous à la recherche commune de ce qui est juste ».

Puisse Dieu faire fructifier vos efforts et bénir chacun de vous !

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